DÉSANGLICISER L'UNION EUROPÉENNE

 



(Affichages faits sur Linked In aujourd'hui, le vendredi 22 mai 2026)


Si jamais l'Union européenne devait un jour accepter le retour du Royaume-Uni en son sein, il serait préférable que ce ne soit pas aux conditions des Britanniques, un peu trop habitués à servir de tête de pont à leurs cousins américains en terre européenne. C'est à travers leur entremise et leur complaisance que l'emprise de l'imperium américain et l'influence de la culture américaine parviennent encore à s'exercer sur l'esprit des Européens. C'est aussi en bonne partie à cause du Royaume-Uni que les États-Unis ont dominé les préoccupations, les priorités et les politiques de l'Europe continentale, tout autant que ses réflexes, ses mentalités et ses tournures d'esprit, depuis des décennies, plus précisément depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, un des moments charnière les plus importants dans l'histoire récente de l'humanité. Pour que l'Union européenne puisse avoir une plus grande aptitude et capacité à pouvoir accomplir ce qu'elle va vraisemblablement devoir entreprendre au cours des prochaines années, soit apprendre peu à peu comment se recentrer sur elle-même, sur ses propres besoins, espoirs, intérêts et enjeux, elle doit d'abord se libérer du monde anglosphérien. Cette émancipation politique doit se faire sur plusieurs plans, à un rythme et selon un échéancier que l'Union, via les gouvernements nationaux et le Parlement européen, devra établir par elle-même. On pourra trouver ci-bas quelques-uns des domaines en question. Au niveau de la monnaie européenne, son expansion territoriale n'est pas encore terminée et se poursuit, y compris de facon formelle ou informelle dans des territoires ne faisant pas partie de l'Union. Son adoption par d'autres pays demeure souhaitable, y compris par des contrées se trouvant présentement hors de l'espace géographique correspondant à l'Europe continentale, tels que le Royaume-Uni ou l'Islande, par exemple, mais aussi le Canada. Par ailleurs, l'accès qui pourrait être éventuellement accordé aux Britanniques en ce qui touche la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux, d'une manière non obstrué par l'obstacle constitué ordinairement par les cordons douaniers séparant les champs d'imposition fiscal exercé par les différents États sur leurs populations respectives, dans le cadre des accords définissant l'espace Schengen, doit aussi être envisagé, le cas échéant, selon une perspective favorable aux intérêts communautaires, tels que définis par Bruxelles, plutôt que selon les espoirs pouvant être entretenus par l’État britannique advenant une nouvelle accession à l'Union, tels que perçus par Londres. Il y a d'autres aspects à toute cette question. Il est aussi nécessaire de tenir compte des attitudes manifestées par différentes composantes du Royaume-Unis lors du référendum de 2016, notamment l'Écosse et l'Irlande du Nord, ainsi que les régions du sud de l'Angleterre, notamment l'importante agglomération londonienne. La population de chacun de ces territoires a voté pour le maintien dans l'Union européenne. L'attitude de l'Union européenne envers un éventuel retour de l'ensemble du Royaume-Uni en son sein pourrait donc se concevoir et se conceptualiser en fonction des attitudes manifestées par la population de chacun de ces territoires. Ainsi, l'Irlande du Nord et l'Écosse pourraient ainsi être admis (ou, dans le fond, réadmis) en priorité au sein de l'Union européenne, advenant que le projet d'un retour se concrétise. L'articulation future entre l'Irlande toujours sous souveraineté britannique (la partie nord, centrée sur Belfast) et l'Irlande qui ne l'est plus (la partie sud, soit la république irlandaise, centrée sur Dublin) pourrait faire l'objet de discussion entre Belfast et Dublin. Une réunification pacifique de l'Île ne peut être exclue. Dans le cas de l'Écosse, un retour accéléré au sein de l'Union européenne, en bloc, pourrait possiblement être demandé par Bruxelles. Pour ce qui est des comtés du sud de l'Angleterre, une éventuelle réintégration devrait se faire avant celle des comtés du centre et du nord, coeur du Brexit et du rejet de l'Europe. Ces comtés du centre et du nord étaient opposés à l'Union européenne et lui ont tourné lors du référendum de 2016. En ce sens, une intégration plus lente de ces comtés, dans la toute dernière étape du processus de retour, aurait l'avantage de décourager d'autres pays de l'Union européenne pouvant être tentés de quitter ce groupement Enfin, l'épisode douloureux constitué par le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne, dans le sillage du référendum de 2016, sans parler de tout ce qui pourait être lié à la possibilité d'un retour éventuel au cours des prochaines années souligne amplement l'importance de décoloniser l'appareil bureaucratique bruxellois, dont le mode de fonctionnement se fait exclusivement en anglais. En pratique, cela fait en sorte que la Commission européenne constitue le relais de facto d'une sorte de lien de dépendance qui relie les pays anglophones et l'Union européenne, à l'avantage des premiers. Ce lien doit être brisé. Le plus simple moyen d'y parvenir serait de mettre un terme à l'anglicisation de la Commission européenne. Instituer le français ou l'allemand comme langues de fonctionnement, en remplacement de l'anglais, serait une solution tout à fait envisageable. Elle pourrait se justifier de bien des manières, ne serait-ce que par le nombre de locuteurs de chacun de ces deux langues dans l'ensemble des pays de l'Union européenne, le nombre de pays où ces deux langues sont soit majoritaires, soit minoritaires, l'importance du rôle joué par la France et l'Allemagne dans la constuction européenne, etc.

https://www.economist.com/europe/2026/05/21/bre-entry-may-be-the-next-drama-to-grip-the-european-union




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