LE CASSE-TÊTE CUBAIN

 


La guerre commerciale entreprise par l'administration trumpienne contre le reste du monde était empreinte de maladresse et d'imprévisibilité. Elle a pourtant fait comprendre aux alliés européens et asiatiques qu'ils avaient à prendre une plus grande charge des coûts de leur sécurité s'ils voulaient conserver l'accès au marché américain, afin de permettre aux Américains de se concentrer sur l'adversaire chinois. Cela a provoqué un apprentissage différencié entre les alliés européens et les alliés asiatiques, en raison de leur situation différente. Les alliés européens, plus riches, plus nombreux et plus puissants que la Fédération russe, ont la capacité de dépenser davantage pour leur protection, tout en étant conscient qu'un rapprochement économique avec la Chine et d'autres partenaires leur serait bénéfique pour assumer le coût supplémentaire. Le Canada, par ailleurs, a suivi une démarche similaire à celle des alliés européens. Pour ce qui est des alliés asiatiques, eux, notamment le Japon et la Corée du Sud, ils se trouvent dans une situation bien différente, étant exposés à trois puissances nucléaires qu'ils voisinent géographiquement et qui sont présentement de plus en plus alignés politiquement. Cette vulnérabilité explique leur bonne volonté à se conformer aux désirs trumpiens, d'autant qu'il est assez évident que la Chine tentera de récupérer son ancienne province de Taiwan, pacifiquement ou non. Le Japon et la Corée du Sud, même en tenant compte d'une présence militaire américaine importante et d'un dispositif plus large, centrée sur Guam, les Philippines, les micro-États du Pacifique et l'Australie, ressentent évidemment le besoin de renforcer leurs défenses propres et la nécessité de conserver le parapluie nucléaire américain, ce qui, par ailleurs, ne les empêchent nullement de continuer de commercer avec la Chine.

De même, l'approche trumpienne au niveau d'un recentrage de ses dispositions défensives semble erratique et chaotique. Il semble pourtant y avoir une logique sous-jacente, allant du simple au complexe, avec des conséquences allant de nulles à terribles. Le président a d'abord mis l'accent sur la création d'une forteresse nord-américaine, avec l'acquisition qu'il croyait facile du Canada et du Groenland, avant d'y renoncer, pour des raisons différentes. Une invasion du Canada lui mettrait à dos l'Europe et ferait éclater l'OTAN. Une invasion du Groenland, plus facile à faire, aurait exactement le même résultat. Par ailleurs, outre le fait que cela créerait une guerre interne au sein d'une alliance militaire autrefois cohésive et cohérente, quasi-tous les Canadiens, qu'ils soient anglophones ou francophones, sont opposés à une telle éventualité, tout comme les habitants du territoire autonome danois qu'est le Goenland, sans parler du reste de la population du Danemark comme tel. En fait, plusieurs Islandais semblent avoir tiré la conclusion que leur appartenance à l'OTAN n'est pas suffisante et pourrait utilement se compléter par une adhésion avec l'Union européenne. Cela reste à voir, mais cela peut se produire, tout comme il se peut que la Norvège, à son tour, tire elle aussi la même conclusion un jour. Ce serait une excellente chose.

Le président a eu plus de succès au Panama, ce pays qui pourrait résilier un contrat relatif aux opérations de deux ports situés près du canal du même nom, accordé à une compagnie chinoise. Il en a eu encore davantage avec le Vénézuela, ayant réussi à acquérir une influence sur le gouvernement vénézuelien par l'intermédiaire d'un coup de force ayant résulté en l'enlèvement du président vénézuélien, sans pertes humaines, ni pertes matérielles. Les Trumpiens minimisent le fait que l'essentiel du gouvernement construit par ce président et par son prédécesseur reste cependant en place et l'influence acquise par Washington sur la gouverne de Caracas peut se dissiper aussi rapidement qu'elle s'est constituée.

Le président américain a ensuite initié une attaque américaine sur l'Iran, à moins qu'il ne se soit laissé convaincre par son allié israélien. L'un dans l'autre, les États-Unis et Israël se retrouvent maintenant en guerre avec un pays ayant une population supérieure à l'Allemagne, disposant d'un territoire immense, inconquérable par Israël ou par les États-Unis, ayant une capacité de résilience démontrée et des appuis potentiels considérables auprès de pays membres de l'Organisation de coopération de Shanghai, notamment la Russie, le Pakistan et la Chine, sans parler d'un allié de la Russie et d'un partenaire économique de la Chine, la Corée du Nord.

Lors de son premier mandat, le président Trump est passé tout près de déclencher une guerre avec l'Iran, pas à une reprise, mais à deux reprises, avant d'y renoncer à chaque fois. Cette fois-ci, enhardi, il a participé à des opérations militaires contre l'Iran l'an dernier, en soutien à Israël, puis cette fois-ci, à plus grande échelle, toujours conjointement avec l'État hébreu. Il est bien possible qu'il finisse par s'en mordre les doigts, mais pas avant d'avoir subi une défaite militaire impossible à cacher à son électorat, ni au public en général. Même si les Trumpiens ont choisi de procéder par des attaques aériennes, espérant une victoire facile, peu coûteuse en vies humaines et en dommages matériels, un revers militaire demeure un revers militaire, dommageable à ses espoirs électoraux et dommageable à l'ensemble de l'économie mondiale, prise en otage par le président américain le plus inepte de ce siècle.

Pire encore, la prochaine cible facile, télégraphiée d'avance par l'administration trumpienne, tel qu'annoncé en clair par la chaîne télévisée favorite du président, une cible favorisée par son ministre des Affaires étrangères, c'est Cuba, dirigée par un gouvernement communiste et bête noire des États-Unis depuis la révolution cubaine. Trump se flatte de se gagner le contrôle de l'île sans problème. Militairement, c'est possible, tout en exigeant un bain de sang, l'appareil sécuritaire de l'île étant solide et le patriotisme de la population étant réel. Une guerre assymétrique en résulterait, semblable à ce qui se passe actuellement au Sahel, à la différence que le pouvoir trumpien a laissé voir sa brutalité foncière, lors des frappes sur les navettes rapides des trafiquants de drogues, montrant bien son dédain des formalités habituelles, et sa détermination à s'assurer des assises solides sur l'ensemble de l'hémisphère américain, quoi qu'il en coûte.

L'administration trumpienne a des appuis réels dans cet hémisphère, de l'Argentine au Salvador, de l'Équateur au Paraguay, mais il s'y trouve aussi des pays qui ne sont pas particulièrement trumpiens, dont le Brésil, le Mexique, la Colombie, le Vénézuela et le Nicaragua. Bien malin qui pourrait prédire le déroulement d'une réaction en chaîne éventuelle en cas d'invasion cubaine. Est-il besoin de rappeler que le gouvernement fédéral russe a gravement sous-estimé la résistance du gouvernement ukrainien? La population de cette fédération, un pays disposant d'une économie mixte et ayant plusieurs partis politiques, contrairement à ce que l'on entend trop souvent, pourrait possiblement chasser le président actuel et le remplacer par un autre, tel Churchill à la fin de la Deuxième guerre mondiale. Si l'on considère que le principal parti d'opposition est l'ancien parti communiste russe, le résultat serait curieux: un pays capitaliste dirigé par un parti communiste! Ce ne serait pourtant pas le premier, les pays dits communistes actuels ayant tous une économie mixte, c'est-à-dire à la fois publique et privée.

Quant au Canada, voisin involontaire du pays de l'oncle Sam, on ne peut qu'espérer qu'il saura se garder d'une intervention active, dépassant les paroles d'encouragement, que ce soit dans le cas du conflit en cours au Moyen-Orient que dans celui qui pourrait se concrétiser en Amérique latine.








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