IMPASSE À HORMUZ
(Texte initialement publié sur Linked In, aujourd'hui, le vendredi 8 mai 2026)
La création de cette nouvelle instance par le gouvernement iranien, sous le nom de "Persian Gulf Strait Authority", n'est pas quelque chose d'anodin.
Cela signifie que Téhéran veut institutionnaliser et régulariser une mesure prise en temps de guerre, afin d'imposer un droit de péage aux navires empruntant le détroit d'Hormuz.
Un tel droit contrevient cependant aux pratiques généralement acceptées pour le transport maritime. Le droit de navigation, hors des eaux territoriales, est reconnu et mis en pratique pour la grande majorité des détroit reliant des mers ou des océans.
Même si des exceptions existent, notamment pour les détroit turcs qui se trouvent entre la mer Noire et la mer Méditerranée, dont l'usage est défini et encadré par des traités internationaux, il faut sans doute s'attendre à ce que la plupart des pays dont l'economie dépend à des degrés variables du volume de circulation passant par ce détroit refusent de s'accommoder des frais accrus qu'occasionnerait la persistance d'un tel péage à long terme.
La question ne se posera pas immédiatement, la priorité étant évidemment de mettre un terme le plus rapidement possible au conflit qui oppose la coalition israélo-américaine à l'Iran.
Elle ne pourra cependant être évitée et pourrait même conditionner la forme que prendra la conclusion finale de la guerre moyen-orientale.
À en juger par ses soubresauts actuels, cette guerre en a encore pour un certain temps, les principaux belligérants ayant des attentes, des visions, des exigences et des intérêts divergents.
Le gouvernement américain est le plus pressé mais le moins habile, alors que le gouvernement iranien peut se permettre de prendre son temps mais dépend ultimement de l'appui de puissances extérieures ayant la capacité matérielles de peser sur la coalition adverse.
À ce niveau, la liste des pays dont l'économie serait le plus négativement impactée par l'éventuelle imposition d'un droit de passage permanent à l'endroit de leurs navires empruntant le détroit d'Hormuz est instructive et permet d'envisager qui aurait de bonnes raisons de faire pression sur l'Iran pour l'amener à renoncer à son projet.
Parmi ces pays, on retrouve plusieurs puissances asiatiques importantes, dont l'Inde, le Japon, la Thaïlande, l'Indonésie et, surtout, la Chine, liée à l'Iran par des ententes économiques et sécuritaires.
Au plan militaire, les choses semblent se trouver dans une impasse, les États-Unis ne pouvant manifestement contraindre l'Iran à accepter les desiderata de l'administration trumpienne, tout comme l'Iran ne peut à lui seul forcer l'Amérique à éloigner ses navires, ses avions et ses troupes.
Au vu de ce qui précède, il semble que les acteurs les plus à même de mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient ne sont pas les belligérants eux-mêmes, mais les pays environnants qui en sont les victimes collatérales.
L'Arabie saoudite en fait partie, mais aussi, les autres pays bordant le golfe Arabique / Persique, notamment le Qatar, le Koweït, Bahrein, l'Irak et Oman, auxquels il faut ajouter des puissances géographiquement proches, comme la Turquie, l'Égypte et le Pakistan.
Le retour de la paix au Moyen-Orient se fera vraisemblablement à travers ces pays, plus précisément par l'entremise:
- de leur attitude envers la présence de bases militaires américaines se trouvant actuellement sur leur sol,
- de leur capacité à convaincre l'Iran de renoncer à ses intentions d'imposer durablement un droit de péage et
- du degré d'appui qu'ils trouveront, pour y parvenir, auprès des pays asiatiques concernés, notamment la Chine, laquelle pourrait très possiblement être amenée à assumer un role politique plus important dans la région du Moyen-Orient, en bout de ligne, une fois la paix revenue.
https://www.lloydslist.com/LL1157093/Iran-pushes-ahead-with-Hormuz-toll-authority-amid-reports-of-US-Iran-deal

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