LES PAUVRES CANADIENS FRANÇAIS


Le premier ministre du Québec et chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, veut que les francophones du Québec rattrapent l'écart de richesse qui les séparent des anglophones du Canada.

Pour ce faire, il veut multiplier les emplois bien payés, afin de tirer la moyenne des salaires par le haut. L'idée n'est pas bête et le but n'a rien d'ignoble, loin de là. Elle souligne deux choses, d'abord que la CAQ est bel et bien un parti de centre-droite, proche des milieux d'affaires et préoccupée essentiellement de questions économiques. En cela, elle rappelle l'Union nationale d'un autre temps, d'autant plus que le thème du nationalisme à la sauce autonomiste est de retour.

Ensuite (et surtout), elle braque l'éclairage sur un sujet très peu abordé, mais pourtant bien réel. Oui, le salaire moyen des anglophones canadiens est plus élevé que celui des francophones de ce pays. Oui, cela justifie le discours un peu misérabiliste qui a longtemps caractérisé les débats politiques dans la province. Oui, nous sommes à la traîne des Anglo-Canadiens depuis la Conquête et ce pour une très bonne raison: le gouvernement de l'empire britannique, puis du royaume britannique qui lui a succédé, n'avait que deux idées en tête: modifier la composition démographique du nord du continent, afin qu'une majorité francophone finisse par se transformer en une majorité anglophone, et assurer le développement économique des anglophones vivant dans ce qui était autrefois les colonies françaises du Canada et de l'Acadie, puis dans les provinces du Canada, une soi-disante confédération qui est en réalité un royaume n'osant prononcer son nom réel et préciser sa nature exacte.

Le salaire moyen des uns et des autres, c'est connu depuis longtemps, mais très peu diffusé, montre un écart se réduisant depuis des décennies. Cet écart, il faut déjà s'y attendre, finira un jour par devenir presqu'inexistant, puis à disparaître complètement. Il serait illusoire de s'imaginer qu'il va rester à zéro par la suite, ad vitam eternam. Un nouvel écart va invitab lement apparaître, mais inversé, avec des salaires francophones moyens devenant progressivement plus élevés que les salaires anglophones moyens, changeant ainsi complèment la donne.

Ce phénomène est probablement attribuable à deux facteurs: le dynamisme des entrepreneurs francophones, de plus en plus nombreux et très admirés sur la scène provinciale, et les stratégies adoptées par le gouvernement provincial, toutes couleurs politiques confondues, en vue de venir à bout de la pauvreté traditionnelle qui caractérise depuis trop longtemps les Canadiens français en général, les Québécois francophones en particulier.

Il faut s'attendre à des changements au niveau des perceptions, puisque les gens plus riches sont souvent enviés et admirés, mais pas nécessairement aimés comme tel. On aime généralement les plus pauvres et l'on se sent souvent regardés de haut par les plus riches, ainsi le veut la nature humaine, capable du meilleur et du pire, tout à la fois.

Cela vient aussi souligner l'importance de réformer complètement le Canada actuel au plan politique, des conseillers des quartiers urbains au rôle de la cheffe d'État, c'est-à-dire la reine canadienne (et britannique, et australienne, et néo-zélandaise). Il faut créer une coalition des autochtones, des francophones, d'un nombre d'immigrants aussi élevés que possible et des plus éclairés des anglophones, afin d'y parvenir, et les moyens économiques grandissants des francophones, si toutes les tendances se confirment et se prolongent, seront certainement des outils importants pour assurer le succès d'une telle réforme majeure.

Le poids économique des francophones du Canada n'a pas nécessairement de répervussion sur le poids culturel de la langue anglaise à travers le monde entier, rendant celle-ci bien plus prestigieuse et l'identifiant trop souvent à la modernité, la science et la civilisation en général. Nos jeunes (je n'ai qu'à regarder mes propres enfants...) subissent tout l'impact de cette culture et cela place l'avenir de la langue et de notre culture en péril, jusqu'au coeur même de notre province, notamment la région montréalise, métropole économique du Québec. Ce n'est pas pour rien que l'on y dénote un phénomène croissant d'anglicisation, pas seulement des immigrants mais des Franco-Canadiens eux-mêmes. Ici, ce ne sont plus des communautés francophones petites et isolées qui sont menacées d'assimilation, celles de Colombie-britannique ou de l'Alberta, par exemple, mais celles qui font partie du chaâteau-fort par excellence de la civilisation française en terre d'Amérique...

Commentaires

Les articles les plus consultés

CANADA: FROM KINGDOM TO REPUBLIC

UKRAINE, THE UNENDING WAR

EXPELLING ISRAEL FROM THE UNITED NATIONS