L'UNION EUROPÉENNE DOIT ASSUMER SON DESTIN
(Texte tiré de deux affichages faits sur Linked In aujourd'hui.)
Il est assez évident que certains Européens,
particulièrement ceux dont la langue maternelle est l'anglais, souhaite qu'un
état de guerre froide subsiste le plus longtemps possible entre l'Union
européenne et la Fédération russe, même en cas de cessez-le-feu en Ukraine.
Ce qui est décrit dans l'article ci-bas ne risque pas de se réaliser,
pour une raison bien simple: le scénario le plus probable, pour la fin de cette
guerre, est encore celui d'une victoire russe à la suite d'un effondrement
général du front ukrainien, l'affrontement se terminant par une occupation de
l'ensemble du territoire ukrainien, à l'exception possible de certaines zones
périphériques indispensables à une défense européenne cohérente et crédible
(notamment au niveau de la Transcarpathie). Le sort du Moldova est lui aussi
incertain et dépendra sans doute de l'attitude que prendra la Roumanie devant
la perspective d'une occupation possible de ce pays roumanophone.
La fin du conflit ukrainien devrait normalement faire disparaître une
grande partie des tensions qui se font sentir en Europe, mais probablement pas
la totalité, puisque cet affrontement n'est au fond que la manifestation la
plus tangible d'un tournant de l'évolution géopolitique contemporaine, une
modification profonde de la configuration des rapports de force existant entre
les puissances d'une époque donnée.
Le virage incarné par le conflit ukrainien, dans ses différentes phases,
de 2014 à aujourd'hui, est le fruit de changements importants, aussi majeurs
que ceux qui sont intervenus dans la foulée de la Deuxième guerre mondiale,
puis par l'implosion de l'Union soviétique. Les répercussions en sont multiples
et influent grandement sur le cours des événements.
L'OTAN, telle qu'on la connaît depuis sa création il y a quatre
générations, n'en a sans doute plus pour très longtemps, victime des fractures
politiques qui se dessinent entre les deux rives de l'Atlantique nord. Cette
alliance militaire est née pour combler un besoin ressenti par les États-Unis
de l'époque, alors que l'Amérique trumpienne d'aujourd'hui, préoccupée par son
avenir et profondément inquiète devant la montée de la puissance chinoise, voit
ses priorités bouleversées de fond en comble.
Tout comme la Fédération russe actuelle n'est plus que l'ombre de
l'Union soviétique d'autrefois, la Chine a beaucoup changé ces trente dernières
années. Devenue graduellement la deuxième puissance économique de la planète,
elle doit peut-être même être considérée aussi, d'ores et déjà, comme la plus
importante puissance politique, devant les États-Unis, ceux-ci étant de plus en
plus mis sur la défensive devant ses avancées scientifiques et technologiques.
Face à tous ces bouleversements, que doit faire l'Union européenne? Elle
doit s'adapter et composer avec une réalité pas toujours avenante. Elle
doit surtout cesser de rêver à un retour au bon vieux temps d'autrefois, à une
réalité idéalisée et agréable, mais disparue à tout jamais. Les relations entre
l'Europe et l'Amérique se modifient et continueront vraisemblablement de le
faire, tout comme celles avec la Fédération russe et celles avec la Chine.
L'Union européenne doit s'accommoder des changements en cours et
chercher à en tirer parti pour le mieux. Militairement, elle est tout à fait en
mesure de tenir tête à la Fédération russe, même sans l'appui des États-Unis.
S'imaginer le contraire, c'est refuser de voir la réalité en face. C'est
encore plus vrai si elle saisit l'occasion de tisser des liens sécuritaires
avec des États se trouvant dans une situation similaire, dont le Royaume-Uni,
la Norvège et l'Islande, mais aussi le Canada, voire la Turquie, dont la
situation est très particulière. Des liens avec d'autres pays politiquement
proches, comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud et le Japon,
sont aussi envisageables.
Tous ces pays, il faut le noter, font face au même chantage commercial
trumpien visant à leur tordre le bras pour qu'ils ouvrent les cordons de leurs
bourses au plan militaire, face à la Russie, dans le cas des alliés européens,
et face à la Chine, dans le cas des autres. Que les Trumpiens se sentent
obligés de recourir à un tel stratagème, dans le but de protéger leur pays, est
en soi un aveu de faiblesse.
C'est aussi le signe que leurs alliés doivent s'adapter et se regrouper.
https://www.economist.com/europe/2025/11/27/if-the-fighting-ends-in-ukraine-the-infighting-in-europe-will-begin

Commentaires
Enregistrer un commentaire
Bonjour, tous les commentaires sont acceptés, dans la mesure où ils sont d'ordre professionnel. Insulteurs s'abstenir...