ACADIE FRANÇAISE ET CANADA FRANÇAIS, LA SUBTILE DIFFÉRENCE
Le traditionnel drapeau acadien...
Il y a vingt ou trente ans, le magazine Paris Match a fait un grand reportage sur Montréal, la métropole économique du Québec. L'article était bien fait et bien documenté et n'avait qu'une seule faiblesse, mais de taille, à la toute fin du texte. L'article se terminait en effet par les mots suivants, ou des mots approchants, de mémoire: ''Nous quittons donc Montréal, la grande ville acadienne du Canada''.
Les Acadiens et les Canadiens ont bien ri. Les Français et les autres francophones hors-Canada, eux, n'ont rien compris et ne se sont même pas rendus compte de l'erreur monumentale. C'était comme si un article sur Marseille se terminait ainsi: ''Nous quittons donc Marseille, la grande ville wallone du sud de la France.''
Acadiens, Canadiens, la différence peut paraître subtile ou difficile à saisir, d'autant plus que le sens des mots a glissé au fil des siècles. Canadiens désignent aujourd'hui les habitants du Canada. Autrefois, cependant, c'était le nom des habitants d'une colonie française, le Canada, avec un territoire bien différent du Canada d'aujourd'hui. Ensuite, après la Conquête, les Canadiens de langue française sont devenus des Canadiens français, alors que les occupants, devenaient des English Canadians (ou Canadiens anglais). Parallèlement à cela, le nom de la capitale de la colonie du Canada, Québec, était donné à un tout nouveau territoire, la province de Québec, dont la taille initiale était énorme et dépassait de beaucoup laes dimensions de la province actuelle.
Ce que peu de francophones hors-Canada savent, c'est que la France n'avait pas une colonie de peuplement en Amérique, mais deux. La toute première est née en 1604, sur l'île Sainte-Croix (Maine), par Pierre Dugua de Mons. L'année suivante, la population s'est déplacée de l'autre côté de la baie de Fundy, à Port-Royal (Nouvelle-Écosse). Ce changement de l'implantation initiale est représentative de l'Acadie, aux aspects parfois flous et changeants, les Acadiens étant très mobiles et en constant déplacement. La deuxième colonie a vu le jour quelques années plus tard, plus à l'ouest, sur le site actuel de Québec, en 1608, sous l'impulsion de Samuel de Champlain.
Les deux colonies ont connu des destins bien différents. La première colonie à être fondée, l'Acadie, a aussi été la première a tombé devant les Anglais. Conquise temporairement en 1654 et en 1690, l'Acadie tombe graduellement aux mains de l'Empire britannique au siècle suivant, région par région, tandis qu'une grande partie de la population acadienne, fidèle au royaume de France, est déportée un peu partout, en Amérique et en Europe. La second colonie, le Canada, pour sa part, a servi de tremplin à la France pour prendre possession de l'intérieur, jusqu'aux Grands lacs, puis vers le delta du Mississipi, en direction du sud, ainsi que vers les grandes plaines de l'ouest. La chute de Québec, en 1759, a marqué la fin de la Nouvelle-France, la grande aventure française en terre américaine.
Essentiellement, l'Acadie actuelle s'articule autour du golfe du Saint-Laurent, l'énorme mer intérieure qui fait le lien entre l'emouchure du fleuve Saint-Laurent à l'océan Atlantique, alors que le Canada d'origine s'articule le long du fleuve, à l'ouest, avec des implantations successives à Tadoussac, Québec, Trois-Rivières et Montréal. L'Acadie actuelle inclut toute la partie orientale de la province de Québec, de Lourdes-de-Blanc-Sablon à Havre-Saint-Pierre, sur la côte nord du golfe, ainsi que l'île d'Anticosti, la région de la Gaspésie et les îles de la Madeleine, au beau milieu du golfe. Tout le nord et l'est du Nouveau-Brunswick fait aussi partie de l'Acadie, plus des secteurs de la pointe nord de l'État américain du Maine, plus des zones spécifiques de l'île du Prince-Édouard (île Saint-Jean, de l'île du Cap-Breton (île Royale) et des zones spécifiques de la partie continentale de la Nouvelle-Écosse. Une implantation sur l'ouest de l'île de Terre-Neuve, dans le secteur de Port-au-Port, vient compléter le dispositif faisant tout le tour du golfe du Saint-Laurent. Pour ce qui est du Canada, le couloir Tadoussac/Montréal s'est élargi vers les régions exploitables au plan agricole, forestier et minier du reste de la province, tandis que des villages et établissements canadiens-français voyaient ensuite le jour dans l'est et le nord de l'Ontario, un peu partout dans les provinces des Prairies, notamment dans le quartier de Saint-Boniface de la ville de Winnipeg au Manitoba, à Gravelbourg en Saskatchewan, et à Grande Prairie en Albrta, ainsi que dans la toute petite communauté de Maillardville, en Colombie-Britannique, en bordure de l'océan Pacifique.
Les premiers Acadiens comptaient beaucoup d'agriculteurs, mais ils étaient surtout un peuple de mer, formé de pêcheurs vivant librement dans des ports parsemant les îles, caps, péninsules, archipels de leur domaine marin. Ils ont aussi engendré le peuple cajun de Louisiane et comptent aussi des populations distinctes comme les Brayons du nord-ouest du Nouveau-Brunswick et les Chiacs de la région de Moncton. Les premiers Canadiens, eux, étaient davantage un peuple de terre, formé d'agriculteurs occupant progressivement les terres qui environnent le fleuve, par rangs successifs dans des seigneuries presque médiévales, mais comptant aussi beaucoup de voyageurs, trappeurs, commerçants, chasseurs, coureurs de bois en tout genre qui parcouraient les vastes régions de l'intérieur, parmi les peuples autochtones, se servant des rivières et des lacs comme autant d'autoroutes pour se déplacer rapidement.
Une carte montrant l'Acadie de 1604 à 1750. En rouge, la première Acadie, celle qu'ont conquise les Anglais, avec les points de peuplement français (en bleu). Le port anglais d'Halifax deviendra progressivement la principale ville et la capitale de la Nouvelle-Écosse. Au nord, les trois territoires encore français en 1750: le Nouveau-Brunswick actuel, l'île Saint-Jean et l'île Royale. (Source: Université Laval.)



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