NOUVEL ORDRE MONDIAL ET ALLIANCES MILITAIRES

 



(Texte basé sur une série d'affichages sur Linked In aujourd'hui)


Voici un signe qui ne ment pas et qui souligne les changements qui surviennent et s'accumulent depuis février 2022, au niveau du nouvel ordre mondial qui se dessine touche par touche, mois par mois, à la facon d'un tableau peint par un artiste travaillant lentement et minutieusement, petit coup de brosse par petit coup de brosse.


En cette année 2026, après plus ou moins quatre ans et demi de guerre, un peu parrout sur la planete, mais surtout en Europe orientale et au Moyen-Orient, de nouvelles alliances militaires se creent, pendant que d'autres se délitent lentement.


Ainsi, il y a maintenant deux nouvelles alliances militaires qui fonctionnent en Afrique de l'Ouest, non pas en opposition l'une contre l'autre, mais en vue de confronter un adversaire commun, c'est-à-dire les islamistes radicaux qui menacent et ravagent les populations civiles du Sahel, majoritairement musulmanes, surtout dans les campagnes, mais aussi, à un moindre degré, dans les grands centres urbains, tels que Nyamey ou Bamako, entre autres.


La plus importante et plus ancienne de ces alliance, c'est l'alliance sahélienne, conclue entre les trois pays les plus menacés (le Mali, le Burkina Faso et le Niger). Ces pays sont maintenant dirigés par des gouvernements où dominent actuellement la composante militaire, mais sans éclipser nécessairement la composant civile, notamment en ce qui concerne l'administration courante.


Un nouveau basculement de l'appareil politique, cette fois-ci d'un gouvernement à dominante militaire à un gouvernement à dominante civile, ne peut évidemment être exclu à moyen ou long terme, d'autant que c'est aussi le souhait de larges pans des populations locales, les premières concernées.


Pour l'heure, cependant, ce n'est pas la priorité numéro un, urgence sécuritaire oblige.


La deuxième nouvelle alliance militaire d'Afrique de l'Ouest, c'est l'alliance guinéenne, rassemblant cinq pays de la côte du golfe de Guinée, soit le Nigéria, le Bénin, le Ghana, la Côte d'Ivoire et la Sierra Leone, ainsi que la France, ex-puissance titulaire de deux d'entre eux.


Cette alliance, issue des pays participant à la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO) et activée de toute urgence, selon les informations actuellement connues, dans la foulée de la tentative de coup d'État ayant eu lieu à Cotonou le 7 décembre dernier et ayant apparemment été commanditée par certains éléments du gouvernement militaire nigérien, en lien avec le corps expéditionnaire de la Fédération russe, détachée du ministère russe de la défense et opérant depuis quelques années dans les trois pays de l'alliance militaire sahélienne.


Tout ce qui précède souligne l'imbrication intrinsèque de la guerre sahélienne avec la guerre russo-ukrainienne, en cours depuis février 2022, et la guerre moyen-orientale, en cours, elle, depuis octobre 2023, quoique la guerre sahélienne a aussi un aspect de guerre civile opposant musulmans modérés et musulmans radicaux.


C'est d'ailleurs aussi le cas en ce qui concerne la partie orientale de la bande sahélienne, à l'est du lac Tchad, notamment au Soudan, un pays représentant une portion importante de l'aire géographique de l'Afrique du Nord-Est (un genre de triangle s'étendant grosso modo entre la Libye, la Somalie et la mer Rouge). Pour en revenir à l'Afrique du Nord-Ouest (ou Afrique occidentale), soit grosso modo les pays se trouvant à l'intérieur du rectangle s'étendant entre le Nigéria, la Libye, la Guinee et le Maroc.


Elle fait l'objet d'une lutte d'influence entre les puissances européennes (la Russie, mais aussi la France, l'Espagne et l'Italie), les puissances asiatiques (la Chine, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Inde) et les puissances nord-américaines (États-Unis, Canada), tant dans les domaines de la politique que de l'économie.


Les deux alliances militaires mentionnés n'y échappent pas, puisque la France est impliquée au niveau de l'alliance guinéenne, alors que la Russie l'est aussi au niveau de l'alliance sahélienne et l'Italie au niveau du Niger et de la Libye voisine.


L'Algérie appuie aussi le gouvernement militaire nigérien, mais reste en froid avec le gouvernement militaire malien, tandis que le royaume marocain bénéficie de l'appui politique de la France et de l'Espagne et cherche à recouvter son influence ancestrale dans les pays sahéliens, là où sa présence remonte au Moyen-Âge.


Par ailleurs, deux nouvelles alliances militaires ont émergé tout récemment dans le monde musulman, dans le prolongement de la guerre moyen-orientale amorcée en 2023.


La dernière mouture de cette guerre, sous la forme de l'affrontement entre la coalition israélo-américaine et l'Iran, appuyé par ses affiliés irakiens, libanais et yéménis, a donc suscité la formation de deux alliances militaires distinctes, toutes deux basées à Ryad, la capitale saoudienne.


La première rassemble trois pays musulmans sunnites, soit l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, quoiqu'il semble aussi possible qu'un quatrieme, l'Égypte, accepte de s'y joindre à son tour, la situation sécuritaire de cette région impactée par une longue guerre qui se poursuit encore demeurant très fluide.


Son nom, ses membres fondateurs, son aire géographique et le contexte politique à la source de sa conception et de sa gestation semblent indiquer que le but premier de ce cette alliance est de protéger l'Arabie saoudite, les lieux saints de l'Islam (La Mecque, Médine et Jérusalem), ainsi que les pays de la péninsule arabique et du croissant fertile, grâce à une architecture sécuritaire incluant deux puissants pays sunnites contrôlant les approches terrestre et maritimes du Moyen-Orient, soit la Turquie et le Pakistan, tout comme peut-être, un jour prochain, l'Égypte aussi.


La deuxième alliance militaire a une vocation assez différente, à caractère essentiellement maritime, et semble surtout destinée, du moins pour l'instant, à assurer la sécurité des principaux couloirs de navigation utilisés par la marine marchande, notamment dans le monde musulman: mer Méditerranée, mer Rouge, golfe d'Aden, golfe d'Hormuz, mer d'Arabie, golfe du Bengale, canal de Mozambique.


Les pays ayant accepté d'être membres de cette alliance sont actuellement au nombre de quatorze, tous avec une population majoritairement musulmane, répartis sur une zone géographique immense, allant de la mer Méditerranée aux confins sud-ouest et nord-est de l'océan Indien, dans une aire triangulaire dont les pointes sont l'Égypte, le Bangladesh et les Comores.


Étant donné les événements en cours et l'importance du commerce entre les pays membres et les pays de l'Extrême-Orient, on peut supposer que l'Indonésie, la Malaisie et Bruneï seront un jour invités à s'y joindre aussi, puisque ces trois pays, dont la population est majoritairement de langue malaise et de religion musulmane, bordent l'important détroit de Malacca (dans le cas du premier et du deuxième de ces pays) mai aussi la mer de Chine méridionale (dans le cas du deuxième et du troisième).


Enfin, toujours dans ce même domaine, il faut aussi mentionner certains développements relatifs à l'avenir de l'OTAN, l'alliance militaire transatlantique, victime des politiques erratiques du président Trump au niveau des relations entre son pays et le reste de la planète, tant sur le plan commercial que sur le plan diplomatique.


Aux prises avec une situation commerciale défavorable et une situation budgétaire qui paraît de plus en plus hors de contrôle, les États-Unis doivent aussi faire face à une rivalité politique grandissante avec la Chine, tout en devant composer avec l'incohérence d'un pouvoir exécutif particulièrement inepte, comme le montre bien la tournure que prend la guerre entreprise par l'administratiin trumpienne à l'encontre de l'Iran.


Les tensions grandissantes entre l'Amérique trumpienne et la plupart des pays européens, ainsi qu'avec le Canada, induisent une recherche de solutions permettant d'apporter des ajustements à l'alliance atlantique, en cas d'un désengagement américain partiel, voire de solutions alternatives, en cas de désengagement américain complet.


C'est ainsi qu'il voir les événements récents survenus dans la foulée du premier ministre du Canada en sol européen, à un moment où la guerre rusdo-ukrainienne semble prendre une tournure décisive. Deux aspects doivent être signalés ici.


D'abord, la Commission européenne souhaite clairement que l'Union européenne accueille en son sein le Canada, non pas à titre de membre régulier, mais de membre associé, un statut dont les paramètres demeurent encore nébuleux et flous, pour l'instant. Une volonté semble aussi se faire sentir d'inclure la Norvège et l'Islande à l'Union européenne comme pays membres, voire aussi la Suisse et le Royaume-Uni comme membres associés.


Toutes ces mesures auraient évidemment pour effet de solidifier l'Union européenne sur le plan des capacités économiques, commerciales, budgétaires et fiscales, mais aussi, indirectement, de la fortifier sur le plan de l'influence politique et sur celui des capacités sécuritaires et militaires.


Ce renforcement s'incarnerait potentiellement par la création d'une Union sécuritaire européenne qui serait en quelque sorte le pendant de l'Organisation de coopération de Shanghai, une instance rassemblant plusieurs pays d'Europe et d'Asie.


Cette reconfiguration rappelle évidement ce qui existait au siècle dernier entre les pays du Pacte de Varsovie et les pays de l'OTAN, mais avec d'énormes différences, tels que l'absence politique des États-Unis dans cette nouvelle équation sécuritaire et le poids économique énorme des pays de l'OCS.


L'autre aspect à souligner dans ce domaine, c'est la volonté du gouvernement canadien de se joindre à une alliance militaire créée par le Royaume-Uni en 2012 et regroupant plusieurs pays de l'Europe septentrionale, soit le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et les Pays-Bas, ainsi que le Royaume-Uni lui-même.


L'adhésion du Canada à cette alliance (la Force expéditionnaire conjointe) permettrait au royaume canadien d'ancrer plus profondément ses liens sécuritaires et militaires avec les pays européens, parallèlement à une OTAN dont l'avenir paraît présentement incertain.


C'est donc dire que l'invasion russe de février 2022 a déclenché un tremblement de terre qui, au cours des dernières annees, s'est accompagné d'une reconfiguration en profondeur de l'architecture sécuritaire en place en Europe, en Asie et en Afrique, avec la création de deux alliances militaires en Afrique de l'Ouest, de deux autres dans le monde musulman et d'une réorganisation encore inachevée de l'alliance transatlantique.


Celle-ci, fondée dans les années ayant immédiatement suivi la Deuxième guerre mondiale, puis consolidée et agrandie peu à peu au cours des années suivantes, avant de connaître une nouvelle vague d'expansion après la dissolution de l'Union soviétique, fait évidemment face à de grands défis.


L'issue de la guerre en Europe orientale devrait permettre de définir les grandes lignes du nouvel ordre mondial, du moins dans la partie nord-ouest de l'immense masse continentale que forment ensemble l'Europe, l'Asie et l'Afrique.


https://www.ctvnews.ca/canada/article/canada-seeks-full-membership-in-uk-led-military-coalition/


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